burn-out4 octobre 2021Le burnout autistique une réalité ?

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Syndrome d’épuisement professionnel ou burnout, plus de 500 000 salariés étaient concernés en 2014 par une souffrance psychique au travail. Parmi eux, 7 % finissent par souffrir d’un burnout. Aujourd’hui 49% des salariés se disent en détresse psychologique dont 18% seraient en détresse psychologiques graves. Malheureusement on oublie encore trop souvent que ce mal désormais bien connu des travailleurs n’est pas le seul apanage des salariés neurotypiques. Récemment remis en lumière par les instances de santé, parlons aujourd’hui du burnout autistique. Invisibilisé, l’impact des troubles du spectre autistique en milieu professionnel est complexe. Le burnout autistique des neuroatypiques, une réalité ?

Burnout Autisme Quésaco ?Qu’est-ce qu’un trouble du spectre autistique ?

On parlait autrefois dans le manuel de référence DSM-IV de « troubles envahissants du développement ». Depuis la parution du DSM-V en mai 2013, les troubles du spectre autistique concernent aujourd’hui l’autisme, le syndrome d’Asperger et le trouble envahissant du développement non spécifié (TED-ns). Ces troubles sont liés à un trouble neurodéveloppemental. Les manifestations et symptômes varient d’une personne à l’autre et peuvent évoluer dans le temps. Beaucoup d’asperger s’ignorent ayant développé des compétences d’adaptation. Au mieux, ils ont conscience d’avoir un fonctionnement cérébral différent. Des difficultés dans les interactions sociales, des attitudes ou comportements inadaptés, des problèmes de communication sont fréquemment constatés, mais pas que … On parle d’ailleurs de « spectre » autistique afin d’appuyer sur cette large diversité de troubles.

Autisme et difficultés dans le monde professionnel

L’autisme et la neuroatypie en générale est une condition prenante avec laquelle il faut apprendre à composer au quotidien. Selon les difficultés rencontrées, la personne neuroatypique va progressivement mettre en place des mécanismes de compensation afin de réussir à s’adapter. C’est ce qu’on appelle le masking ou « camouflage social ». Voyons en quoi consiste cette sur-adaptation permanente.

Des relations sociales difficiles

Les difficultés sociales sont une réalité pour les neuroatypiques et peuvent être de plusieurs ordres :

  • S’exprimer ou engager une conversation
  • Comprendre quels tons, gestuelles, ou expressions faciales utiliser
  • Interagir avec sa hiérarchie ou ses collègues
  • Comprendre les concepts « abstraits » : ironie, humour, sarcasmes, métaphores…

Vous comprendrez sans peine que cela peut être problématique dans le monde du travail.

Des difficultés d’organisation

Au même titre que tous les salariés, la personne neuroatypique doit trouver son rythme et surtout une manière d’organiser ses journées de travail. Elle doit trouver le juste compromis entre les exigences liées à son poste et ses limites personnelles. Les personnes neuroatypiques doivent redoubler d’attention et faire preuve d’une concentration importante afin de pouvoir rester motivées sans céder à la distraction. Elles doivent s’habituer à travailler dans un environnement professionnel inconnu, apprendre à hiérarchiser leurs tâches, à gérer leur temps, prendre des décisions, faire preuve d’initiative ou encore résoudre rapidement des problèmes. Tant de situations complexes difficiles à appréhender.

Faire face aux stimuli sensoriels

L’autisme et de façon plus générale le fait d’être neuroatypique à ceci de particulier qu’il induit une difficulté importante à supporter les stimuli extérieurs : bruits, lumière, odeurs, textures… En entreprise le défi est d’autant plus compliqué que la personne cherche à rester discrète et à ne surtout pas se faire remarquer.

Compensation et camouflage des difficultés

On parle de masking ou de camouflage social lorsqu’une personne neuroatypique essaye de dissimuler sa différence. Souvent de manière inconsciente depuis son plus jeune âge. Elle peut par exemple se forcer à regarder une personne dans les yeux, mimer certains comportements, se plier à des exigences qui sollicitent fortement ses ressources psychiques… Ce mécanisme de camouflage est une forme de « compensation ». La plupart des personnes neuroatypique, notamment en situation professionnelle, estiment avoir recours quotidiennement au masking pour leur propre sécurité. Le salarié neuroatypique évite ainsi des questions gênantes, du harcèlement et surtout de se faire remarquer plus que nécessaire.

Les spécificités du burnout autistique

Si les mécanismes compensatoires mis en place sont efficaces, ils restent presque impossible à tenir sur le long terme sans s’exposer au risque de burnout. Les femmes semblent particulièrement touchées par ce mécanisme de sur-adaptation et sont d’ailleurs très largement sous évaluées en ce qui concerne le diagnostique du syndrome d’asperger.

Les causes du burnout autistique

Le burnout autistique résulte d’un stress chronique et persistant qui provoque un épuisement progressif de l’individu neuroatypique. Les causes d’un burnout autistique sont multiples :

  • Injonctions personnelles ou professionnelles à faire mieux
  • Camouflage social poussé
  • Manque de soutien
  • Incapacité à faire des pauses, notamment à cause des troubles obsessionnels
  • Stress
  • Problèmes d’adaptation ou volonté d’inclusion…

Les signes évocateurs

Ils se caractérisent par trois éléments incontournables qui le distinguent d’un simple syndrome d’épuisement professionnel :

Une intolérance progressive aux stimuli

Comme évoqué précédemment, la personne neuroatypique est beaucoup plus sensible aux odeurs, aux bruits, aux textures ou encore à la lumière. Lorsque la fatigue et la surcompensation s’installent, la tolérance au stimulus diminue progressivement jusqu’à devenir parfois impossible. Ils expriment parfois la sensation d’être « sur stimulés ».

Une fatigue chronique

La fatigue est sans aucun doute un des traits communs à tous les types de burnout, mais est particulièrement importante dans le cas d’un burnout autistique, puisque la suradaptation existe depuis toujours. Elle est souvent importante et peut devenir rapidement invalidante.

Une perte ou une régression de certaines compétences

Petit à petit, les compétences peuvent régresser. On pense notamment à la mémoire, au raisonnement logique ou aux capacités de réflexion. Les compétences sociales, la gestion des émotions s’en trouvent également diminuées.

Ces trois éléments caractéristiques du burnout autistique ne sont pas les seules conséquences. En effet, les personnes autistes en situation de burnout vivent souvent cette situation comme un échec. Les remises en question sont nombreuses avec parfois des compensations encore plus importantes qui ne viennent qu’à accélérer les manifestations évoquées précédemment. Il n’est pas rare d’observer un repli sur soi, de l’anxiété, un épuisement nerveux ainsi qu’une augmentation significative des shutdown et meltdown : signe d’effondrement autistique.

Éviter le burnout autistique

Le burnout autistique est aujourd’hui une réalité qu’il faut absolument réussir à limiter dans le monde professionnel. En effet, les compétences perdues par les personnes neuroatypique lors de ces situations de détresse psychologique intense ne sont pas toujours retrouvées par la suite. Vous pouvez consulter mon article sur les 7 conseils pour sortir du burnout. En complément voici quelques pistes de réflexion pour éviter le burnout autistique :

  • Se renseigner sur le fonctionnement des neuroatypiques, être pris en charge et se faire diagnostiquer par des spécialistes si besoin. Vous pouvez déjà faire ce test en ligne. Attention ce test est à prendre avec des pincettes cela reste un test en ligne et non un diagnostique, ni même pré-diagnostique fiable.
  • Prévenir sa hiérarchie et/ou ses collègues sur son fonctionnement et les besoins spécifiques que cela engendre.
  • Développer sa propre organisation en respectant son rythme pour pouvoir travailler plus sereinement (par exemple faire de longue pause en marchant à l’extérieur pour permettre au cerveau de s’oxygéner pour trouver des solutions créatives).
  • Savoir repérer les moments de surcompensations, de suradaptations et communiquer auprès de son entourage
  • Respecter le fonctionnement cérébral en arborescence en faisant plusieurs choses (notamment manuelle) à la fois (mais pas 50!) … comme par exemple faire du tricot en participant à une réunion en visio !

Ces dernières années, le bien-être et la santé au travail sont au cœur des discussions en entreprise. Le mal-être professionnel reste cependant une réalité pour un grand nombre de salariés. L’adulte neuroatypique en situation d’épuisement nerveux ou de détresse professionnelle peut être en proie au découragement. Même si les entreprises tentent de faire face et développent de nouvelles solutions, le burnout autistique est une réalité encore trop largement sous-estimée et dont les conséquences sont sérieuses.

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